Nouveau Thème, Sem Modernités 16-18: “Usages de l’arbre à la première modernité” (“Uses of the tree in the early modern period) (2022-23)

Alexander Cozens, The shape, skeleton and foliage of 32 species of Trees, &c, 1786, p. 11 (https://doi.org/10.5962/bhl.title.101521)
Le thème retenu pour le séminaire commun “Modernités 16-18” à compter de septembre 2021 est “Usages de l’arbre dans l’Angleterre de la première modernité”. Le programme des séances du séminaire et des événements scientifiques associés sera prochainement communiqué sur notre site. ———- Texte de cadrage et appel à communications pour la journée d’étude du 23 juin 2022:

Thème : Usages de l’arbre à la première modernité (Early-modern uses and appropriations of the tree), 2022-2023

Dans une récente monographie consacrée à l’arbre de vie et à l’esthétique sylvestre dans la littérature anglaise de la première modernité, Victoria Bladen souligne l’hybridité essentielle des usages littéraires et symboliques de l’arbre : “[Early modern] writers drew on the motif and its rich language of trees to articulate spiritual and political states and to create hybrid terrains in their work that intersected material spaces with landscapes of the mind.”[1] C’est à cette intersection que nous proposons de réfléchir dans le cadre du séminaire Modernités 16-18 (https://earlymodern.hypotheses.org/) et des événements associés. L’arbre, tout autant que la matière qu’il produit, le bois, sont toujours déjà investis d’un substrat symbolique dont les ramifications et les racines sont nombreuses. À cet égard, l’opposition entre l’arbre et le bois est loin de se réduire à une opposition entre animé et inanimé : en effet, ne parle-t-on pas de bois mort ou vivant ? Si l’arbre puise encore très largement à un arrière-plan et un héritage biblique et théologique, mythologique et folklorique, philosophique et littéraire multiséculaire, la période voit toutefois de profonds changements s’opérer dans la perception, la compréhension, l’utilisation symbolique et matérielle et, au final, l’exploitation des arbres. Outre les mutations socio-culturelles et économiques qui caractérisent la période (transformation des paysages, enclosures, réquisitions, destructions des parcs aristocratiques et des réserves de chasse, rationalisation dans l’exploitation des forêts), les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles correspondent également à un changement plus vaste des sensibilités vis-à-vis de la nature et du végétal. Ces glissements s’expriment dans le renouveau du questionnement autour de la place de l’homme dans la nature et dans la Création – on songe ici par exemple au tournant cartésien et ses échos outre-Manche –, en même temps que dans le développement de l’expérimentalisme et l’observation scientifique. La période voit ainsi l’essor de de la science botanique et les progrès de la classification des arbres, avec tous les bouleversements induits par l’entreprise coloniale (découverte, exploitation et importation d’espèces). L’arbre demeure également une métaphore et un outil épistémologiques, tout en acquérant des usages et sens nouveaux : on songe ici par exemple au ramisme, aux arborescences qui précèdent de nombreux traités, aux évolutions de la généalogie, aux évolutions du modèle de l’arbre dans la pensée politique ou bien encore à la « sylva » comme genre discursif. La journée d’étude du 23 juin 2022 tentera plus spécifiquement de cerner sur ce que l’on peut identifier comme une révolution du regard sur l’arbre et le bois à la première modernité (XVIe-XVIIIe siècles), pour mettre en évidence la manière dont, à partir d’apparents invariants dans les héritages symboliques, l’arbre se transforme dans les productions culturelles, pour se voir progressivement approprié dans sa singularité – l’arbre et non plus la forêt – et investi de nouveaux sens, plus polysémiques et ouverts sur les problématiques de la modernité. À partir des questions de l’arbre, on se propose de penser en particulier les mutations épistémologiques et esthétiques qui engagent les rapports de l’humain et de la nature (avec l’émergence d’une conscience pré-écologique, mais aussi pré-romantique) et ceux de l’humain et de la matière, à travers les productions artistiques et artisanales.
[1] Victoria Bladen, The Tree of Life and Arboreal Aesthetics in Early Modern Literature, New York and Abingdon, Oxon: Routledge, 2022.